Livre papier vs livre numérique : lequel est le plus écolo ?

Même si la lecture sur support numérique reste marginale en France, elle grignote peu à peu des parts de marché. Outre le côté pratique du livre dématérialisé, les pro e-books avancent souvent l’argument d’une consommation du livre plus verte. Qu’en est-il réellement ? Le livre électronique est-il plus écolo que son homologue en papier ?

Livre papier vs livre numérique : lequel est le plus écolo ?

Le livre numérique fait une entrée sur la pointe des pieds en France. Il ne représente aujourd’hui que 0,5% des ventes de livres dans l’Hexagone. Mais le développement des liseuses et l’arrivée du fameux Kindle en octobre dernier chez Amazon changent peu à peu les habitudes de lecture. Dans l’esprit de la dématérialisation des objets comme cela a été le cas avec le MP3 rendant nos vieux CD tout poussiéreux, le livre numérique avance un argument de poids en faveur de l’écologie : plus de papier donc plus de déforestation.

Mais est-ce aussi simple que cela ? Le livre numérique est-il vraiment plus écolo que son vieil ancêtre en papier ?

Le marché du livre numérique dans le monde

Outre-atlantique, le livre numérique a déjà fait ses preuves. Sur le marché du livre, l’e-book aux Etats-Unis est passé de 0,6% des parts de marché en 2008 à 6,8% aujourd’hui.
Les romans version électronique en sont les grands gagnants : ils représentent 13,6% des revenus nets alors que la version papier a chuté de 25,7% en 2010.
Le n°1 du marché de l’e-book aux Etats-Unis est Amazon, qui capte 70% des utilisateurs avec son Kindle Store. La librairie virtuelle propose 950.000 titres.

 

Les Britanniques sont les autres « e-lecteurs » dans le monde, avec une part de marché proche de celle des Etats-Unis, 6%. Ceci s’explique certainement par la large mise à disposition de titres en anglais.

En France, même si le taux de lecture de livres numériques progresse tout doucement : 8 % des Français ont déjà lu un livre numérique en 2011 (contre 5 % en septembre 2009 – source SNE), la consommation d’e-book reste marginale. De plus, les Français paraissent peu enclins à payer pour un livre dématérialisé. Le baromètre GFK indiquait dernièrement que 77% des téléchargements d’e-books concernaient les gratuits.

Le livre numérique est-il vraiment écolo ?

Si on s’attache au fait qu’un e-book ne nécessite ni bois, ni transport, on peut s’attendre à ce que son empreinte écologique soit bien inférieure à celle de son homologue en papier. A l’inverse, en terme de production, on s’accorde à penser que la fabrication d’une liseuse numérique comme un Kindle par exemple coûte bien plus cher à l’environnement que l’impression d’un seul livre papier.

Pourtant, parce que l’on achète qu’une seule fois une liseuse numérique pour y stocker quantité de livres électroniques (environ 200 selon les modèles), et que l’on achète plusieurs unités de livres en papier par an (16 livres par an et par Français environ), la balance devrait pencher du côté de la version numérique.

Alors concrètement, combien coûtent les livres papiers et les livres numériques en termes d’écologie ?

L’empreinte carbone des livres

Lorsque l’on prend en considération toute la chaîne de production d’un livre papier jusqu’à son transport, on considère qu’il coûte 7,5 kg en équivalent carbone, selon le cabinet de consultants Cleantech.

En outre, pour ce qui est de la version papier du livre, le transport est l’une des étapes impactant le plus l’environnement. Il intervient tout au long de la conception de l’ouvrage, pour acheminer les matières premières, puis du papetier à l’imprimeur, et de l’imprimeur aux plateformes logistiques pour assurer la distribution.

Toujours selon Cleantech, un Ipad d’Apple équivaut à 130 kg d’équivalent carbone pendant tout son cycle de vie ; un Kindle équivaut à 168 kg.

  • Ainsi, pour avoir une empreinte carbone équivalente, il vous faudra lire au moins 18 livres sur votre Ipad et au moins 23 livres sur votre Kindle. Les lecteurs friands de livres numériques en achetant environ 3 par mois, à cette allure, le quota est vite atteint (6 mois en moyenne)

Mais à ce sujet, les avis divergent. Pendant que les uns estiment que l’empreinte écologique du livre numérique est, à la longue, moins importante, d’autres comme le cabinet Carbone 4 avancent d’autres chiffres.

  • Selon le cabinet, un ouvrage papier engendrerait la production d’1 seul kg d’équivalent CO2 (et pas 7,5) quand le support numérique en engendrerait 250. Un français lisant en moyenne 16 livres version papier par an, il lui faudrait donc près de 15 ans pour compenser le bilan carbone de sa liseuse numérique.

Alors, 15 ans ou 6 mois ? Difficile de se prononcer, les données chiffrées n’étant pas du tout les mêmes.

La consommation d’eau

L’eau est également une source importante intervenant dans la production d’un livre. Alors qu’il faut 27 litres d’eau pour produire un livre papier, il en faut moins de 500 ml pour fabriquer un e-book. Par contre, 300 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’une liseuse.

  • A partir d’une douzaine d’e-books, on peut commencer à économiser de l’eau

Les matières premières

Bien que le livre puisse être accusé de déforestation, il faut tout de même noter que la ressource papier est de mieux en mieux gérée.
Mais selon l’Ademe, l’industrie de l’édition engloutit tout de même à elle seule 20 millions d’arbres et 1 page sur 5 provient encore d’une forêt ancienne.

D’après l‘Analyse du Cycle de Vie du livre, menée par la maison d’édition Terre Vivante, plus de 70 % des impacts du livre sur l’environnement sont dus à la fabrication du papier et de la pâte à papier.
Mais heureusement, les éditeurs français conscients des catastrophes liées à la déforestation utilisent de plus en plus de fibres de bois issu de forêts gérées (PEFC et FSC)

Avec le livre en papier recyclé, ce sont 40% d’eau et d’énergie qui sont économisés. 1 tonne de papier recyclé = 17 arbres épargnés.

Une feuille de papier peut être recyclée 5 fois mais d’après Terre Vivante, ce n’est pas pour autant que l’usage de papier recyclé n’est pas sans impact sur l’environnement. Ainsi, le recyclage d’un livre nécessite collecte et tri des déchets, brassage des papiers usagés, désencrage etc.

Toutefois, le livre recyclé reste celui qui présente l’empreinte la moins lourde pour l’environnement, car « l’utilisation de papier recyclé permet de moins consommer de bois et de préserver les forêts. Sa fabrication est aussi plus économe en eau et en énergie », selon les conclusions de la maison d’édition.

Quant à son homologue dématérialisé, c’est le poste « matières premières » qui constitue le talon d’Achille du livre numérique : le plastique nécessaire à la fabrication de liseuses n’est pas recyclé, des matériaux chimiques très nocifs sont employés et elles sont équipées de batteries au lithium, véritable poison pour l’environnement.

Selon Sylvain Angerand, de l’association des Amis de la Terre, « Les produits technologiques nécessitent l’extraction de minerais précieux comme le coltan, le lithium ou les terres rares pour accroître la durée de vie des batteries, augmenter leur rapidité ou pousser la miniaturisation à l’extrême. Or l’exploitation minière est une cause majeure de déforestation, et plus généralement de destruction des écosystèmes. »

Le New York Times dans son article « How Green is My Ipad » avance que 15 kg de minerais sont nécessaires à la production d’une liseuse numérique contre 300 grammes pour un livre papier (si l’on prend en considération le gravier nécessaire à la construction de routes pour l’acheminement du livre pendant toutes ses étapes de fabrication)

Les produits chimiques

De nombreux produits chimiques entrent dans le processus de fabrication d’un livre papier : colles, agents de résistance, colorants, azurants optiques, antimousses… Et c’est sans parler du blanchiment du papier pour lequel l’utilisation de chlore, extrêmement polluant est nécessaire.

Autre élément des plus polluants dans la conception d’un ouvrage papier, l’encre. Cependant, des avancées technologiques permettent d’imprimer les livres avec des encres végétales, élaborées à partir de colza ou de soja. Par contre, seule la bonne foi de l’éditeur permet de s’assurer que ces encres végétales ne sont pas élaborées à partir d’huile de palme, ni ne  contiennent d’OGM.

La plupart des imprimeurs continuent à opter pour l’impression standard, pour des questions de coût évidemment.

La durée de vie

L’avantage revient largement au livre papier, qui a une durée de vie quasi illimitée, selon ses conditions de conservation. A l’inverse, les supports numériques ont tous une durée de vie limitée (et là, on ne parle même pas d’obsolescence programmée) avec une moyenne d’environ 10 ans.
Et si le joujou numérique tombe en panne, gageons qu’il devra certainement être jeté, les appareils de ce type n’étant pas prévus pour pouvoir être réparés.

Concernant la fin de vie, que ce soit pour la version numérique ou la version papier, l’absence de recyclage génère une forte pollution.

Si la liseuse numérique n’est pas recyclée dans les règles de l’art (c’est-à-dire déposée en déchetterie comme tous les autres DEEE), elle risque de terminer dans des filières illégales des pays en voie de développement, où les appareils sont démontés à la main, exposant les travailleurs qui sont parfois des enfants, à des substances toxiques.

Si le livre papier fini à la décharge sans passer par la filière de recyclage, sa décomposition engendrera deux fois plus de GES et de pollution des eaux que sa fabrication. Le recyclage est donc primordial ! Pour en savoir plus :

(1) Sources : The Washington Post « iPads and Kindles are better for the environment than books », Brian Palmer ; The New York Times « How Green Is My iPad? », Daniel Goleman et Gregory Norris ; L’ACV de Terre Vivante, l’écologie pratique

Quelle serait alors la meilleure solution ?

Quels que soient les chiffres sur lesquels on se base, la balance penche sérieusement du côté du livre en papier recyclé, qui reste la manière la plus écologique de lire.

Moins d’eau, moins de fibres de bois, une durée de vie importante. Et c’est sans compter le fait qu’un livre papier se prête, s’échange, s’emprunte à la bibliothèque etc.

 

Voilà qui ne va pas simplifier le débat entre le papier et le numérique. Pourtant je suis une adepte de ma liseuse et je lis énormément ebooks, je reconnais c’est assez pratique, cela permet de lire n’importe où, et d’avoir toujours une bibliothèque avec soi. Mais quel bonheur de tenir un livre, un vrai avec sa belle couverture, son odeur, la texture du papier, et le bruissement des pages.

Et puis quel bel objet dans la bibliothèque, à côté de tous ses autres copains, cela mon kindle ne le remplacera jamais, même avec sa belle protection rose.

Et vous, vous en pensez quoi?

A bientôt sur Lire Quoi Pourquoi Comment

I.G.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *